Sommaire
(1) Des oeuvres et des voix
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Nastassjia Girard dans Jane Eyre.
----(1B) Pauline Leurent dans Xenius.
(2) La voix pour soigner
(3) Milton Erickson

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(1) Des oeuvres et des voix

Les oeuvres se font parfois connaître par des voix...


(1A) Nastassja Girard dans Jane Eyre.


En regardant (sur Arte) une adaptation de Jane Eyre avec Ruth Wilson dans le rôle-titre, j'ai été conquis par l'interprétation de l'actrice principale.
Les images diffusées reproduisaient le jeu de Ruth Wilson, mais qui était la voix française, cette voix convenait tout à fait et me plaisait tout autant que le jeu de Ruth Wilson.

Dans la version française de cette production de la BBC, la voix française est celle de l'actrice Nastassjia Girard.

Dans mes articles consacrés à Jane Eyre (l'adaptation et le roman de Charlotte Brontë), j'ai rendu hommage au remarquable travail de cette actrice lors de ce doublage.

Dans un des ces articles, j'ai d'ailleurs publié une photo de Nastassja Girard. pour mettre un visage sur cette voix de l'ombre. Voici une seconde photo:

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Quel conseil donner à une actrice sensible et douée,
mais pas encore immensément connue?

# Se confronter à des oeuvres qui ont du fonds. Jane Eyre en est une.

Je perçois deux voies intéressantes pour se confronter à des oeuvres qui ont du fonds:
- faire des lectures - soit des lectures publiques, soit des livres audio.
- jouer au théâtre parce que le répertoire du théâtres donne peut-être plus d'occasions de se confronter à des oeuvres fortes, intéressantes.

Au-delà de ces deux voies, dans le monde du cinéma et de la télévision, sélectionner de véritables créateurs. Ou bien, comme c'est le cas avec Jane Eyre, sélectionner une adaptation d'une oeuvre classique.

Je suis certain qu'il existe à l'étranger des créateurs intéressants dans des pays où les créateurs ne peuvent s'exprimer pleinement, comme l'Iran ou la Chine - par exemple -, je crois aux réalisateurs qui veulent dire quelque chose hors du cadre officiel. Des réalisateurs dont les oeuvres ne peuvent être diffusées dans le pays où ils sont nés.
Donc, au moment des festivals (de théâtre ou de cinéma), surveillez bien de tels auteurs, de tels réalisateurs.

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Voici une autre voix qui m'a touché.

(B)  Pauline Leurent dans Xenius

Xenius est un magazine scientifique d'Arte, avec des sujets souvent intéressants et plusieurs duos de présentateurs, parmi lesquels Caro Matzko et Gunnar Mergner.
Xenius n'est pas une fiction, mais c'est bien une oeuvre de l'esprit.

C'est à Pauline Leurent - la voix française de Caro Matzlo - que je rends ici hommage parce qu'elle rend si bien le caractère tendrement enjoué qui paraît être celui de Caro Matzko, telle qu'elle apparaît dans Xenius.
Ce que Pauline Leurent fait passer par sa voix est vraiment intéressant, et touchant.

De même que j'ai posté une photographie de Nastassjia Girard pour la faire sortir de l'ombre du doublage de Jane Eyre, de même je poste une photo de Pauline Leurent pour la faire sortir de l'ombre du doublage de Caro Matzko.

Pauline_Leurent
Pauline Leurent, une voix pleine de ressources


(2) La voix pour soigner

Une actrice peut plaire, par sa voix.
Un thérapeute peut soigner, par sa voix.
C'est encore mieux, non ?


(3) Milton Erickson

Toute une formation est nécessaire, parce que bien sûr, chez un grand thérapeute comme Milton Erickson, la voix est un outil au service d'une intelligence et d'une sensibilité, au service d'une véritable stratégie thérapeutique., au service d'une créativité relevant le défi de la réalité.

Les gens qui venaient consulter Milton Erickson - ou que leur famille envoyait consulter - avaient tous un problème qu'ils n'arrivaient pas à surmonter seuls, par un effort conscient.
C'était leur point commun : chacune de ces personnes avait rencontré - comme tout le monde - des difficultés, et chacune avait fait face, à sa manière, à ses difficultés, mais dans leur cas, d'une manière finalement peu satisfaisante : chacune avait trouvé - parfois très tôt dans sa vie - une façon de vivre qui lui était apparu comme... "la moins pire".
Et comme c'était la façon de vie "la moins pire" qu'elle avait trouvée, la personne s'y sentait en sécurité, donc elle s'était rencognée dans cette façon de vivre.
Le problème, c'est que cette façon de vivre était psychiquement épuisante, donc inconfortable. D'où une souffrance, mais une souffrance indépassable par un effort conscient.

Se rencogner, cela implique de résister au changement. La personne est incapable de trouver par un effort conscient une manière de vivre différente et moins coûteuse psychiquement.

Tout l'art de ce thérapeute d'exception que fut Milton Erickson, tout son art consistait à entraîner le patient vers un état de réceptivité permettant au propos* du thérapeute d'atteindre un niveau insconscient du patient. Et dès lors, un travail pouvait s'effectuer, à un niveau inconscient, chez le patient.

*Le propos n'est pas le discours. Le discours** est le texte prononcé. Le Le propos, c'est le contenu du discours mais dans le discours de Milton Erickson à un patient, il y a deux propos. Le propos apparent du discours, et un autre propos, plus subtil : le contenu tissé par le thérapeute, contenu qui va prendre sens à un niveau insconcient chez le patient.
Ce contenu réel provient du sens d'une métaphore utilisée par Milton Erickson, provient du sens de tel et tel mot dont Milton Erickson parsème - à dessein - son discours - et tout ces mots sont liés les uns aux autres de façon à dessiner une configuration qui va faire sens pour l'insconcient du patient, le contenu réel provient enfin des inflexions de la voix de Milton Erickson - et c'est là qu'on en revient à l'utilisation de la voix : ces mots particuliers, disséminés dans le discours, reliés les uns aux autres, et finissant par construire une configuration de sens, ces mots sont prononcés par Milton Erickson avec une intonation différente de celle qu'on pourrait attendire s'il ne s'agissait que de prononcer le discours**. C'est la voix qui, en jouant sur l'intonation, en isolant très légèrement certains mots, va signaler, au-delà du propos général, ce propos subtil,  ces mots-clés égrenés çà et là au fil du discours et qui vont se tisser les uns avec les autres et s'adresser à l'insconcient du patient.

Chaque patient est différent, chaque patient est un nouveau défi pour le thérapeute. Non seulement le défi de l'aider à aller mieux, mais déjà - premier défi - parvenir à nouer une relation où le patient se laisse entraîner dans un état de réceptivité nécessaire au travail de l'hypnose ericksonienne.

Attention aux suiveurs, à ceux qui se réclament de Milton Erickson. Il y a du bon et du mauvais. C'est facile de se réclamer de Milton Erickson. Mais avoir suivi une formation d'hypnose ericksonienne ne suffit pas. Pourquoi ?
Les thérapeutes qui ont suivi Milton Erickson ont analysé son travail, ils ont même disséqué son travail et ils en sont arrivés à des recettes du type : "pour les patients présentant telle pathologie, utiliser la métaphore 78 puis la métaphore 113 et terminer par la 206".
Ce type de schéma mécanique est la négation même de ce qu'accomplissait Milton Erickson.
 Milton Erickson aimait les défis et avec chaque patient, se confrontait à un nouveau défi.
Une de ses grandes forces était son extraordinaire capacité d'observation, certainement hérités de la période qu'il avait passé dans un état de paralysie presque complet suite à une attaque de polyomélite dans son adolescence. Et c'est important parce que le thérapeute ericksonien doit se mettre en phase, physiquement, avec son patient : respiration, attitude, corporelle, tics.
Mais ce n'est qu'un niveau. Il faut situer le patient sur le plan intellectuel, culturel, connaître l'univers dans lequel il vit. (Exemple : quelqu'un qui aime les plantes sera sensible au métaphores végétales.)

 Milton Erickson n'appliquait pas des schémas rigides, il s'impliquait dans son travail, il parlait de lui et de ce qu'il avait vécu : à l'époque où Milton Erickson est professeur de psychiatrie, il explique à ses élèves que chacun d'eux doit parler à leurs patients à partir de ce que lui-même, praticien, a vraiment ressenti et vécu, sinon ses patients ne pourront pas leur faire confiance.

Le postulat du travail de Milton Erickson - un postulat maintes fois corroboré par ses nombreuses réussites thérapeutiques -, c'est qu'il existe chez toute personne - à un niveau inconscient - d'immenses capacités d'adaptation à la vie, d'immenses capacités permettant de répondre de façon créative aux défis de la vie (poids de l'éducation, entrée dans une nouvelle période de la vie, déménagement, chagrin, séparation, deuil,...).
 
Ici, je viens d'évoquer la recherche d'une meilleure réponse aux défis de la vie, et non pas la recherche des causes d'une souffrance psychique.
Avec Milton Erickson, il ne s'agit pas de rechercher les causes d'un mal psychique.

Je lui donne entièrement raison, pour une raison simple et pragmatique : connaître les causes ne suffit pas forcément à régler le problème !
Oubliez la recherche des causes et concentrez-vous (thérapeute ou patient) sur la recherche pragmatique de la guérison.

  Le but de Milton Erickson est d'aider le patient à s'aider lui-même. Plus explicitement, le but est de l'aider en déclenchant chez le patient un travail inconscient de résolution du problème.

Tout l'art de Milton Erickson consistait à nouer avec chacun de ses patients une relation dynamique - c'est-à-dire sans cesse en évolution - s'adressant au patient à un niveau inconscient, d'où l'abondant emploi par Milton Erickson de métaphores et autres suggestions indirectes.
L'état hypnotique, c'est cet état dynamique où le thérapeute a su jouer des résistances conscientes du patient pour parvenir à s'adresser à l'inconscient du patient, via des suggestions indirectes.

Comment déjouer les résistances conscientes du patient ?
Notamment en le plongeant, via un ingénieux usage du langage, dans un état de confusion consciente, c'est-à-dire un état où la conscience est perdue et lâche prise, permettant une meilleure réceptivité à un niveau inconscient.

Un exemple, parmi beaucoup d'autres, c'est l'emploi d'une triple négation dans une même phrase. L'esprit conscient s'épuise très vite devant une telle situation.

Les suggestions indirectes - métaphores, maillage du discours par des termes-clés porteurs de sens, etc. -, toutes les suggestions indirectes réalisées par Milton Erickson ont pour but de faire passer - à niveau insconcient chez le patient - des repères et des pistes qui vont déclencher un travail insconscient. Et c'est ce travail insconscient qui, au-delà de la séance, permettra au patient d'avancer sur une autre voie que l'impasse où il s'était rencogné.


J'évoque Milton Erickson sur cet autre post :
Ma voix t'accompagnera (cliquer sur ce lien ouvre un nouvel onglet).

K.

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