Dère màj 2013-déc.22 20h14 - V1 2013-déc.19

Dosto_evski_par_Vassili_Perov___1872   Dosto_evski_en_1876
Dostoïevski
Portrait peint par Vassili Perov, 1872               Photographie, 1876

On a bien fait de nous signaler le scepticisme de Dostoïevski quant à la capacité des femmes à faire quelque chose de suivi et la belle réaction d'Anna Grigorievna qui décide de commencer une collection de timbres qu'elle poursuivra avec constance, toute sa vie.
Cette collection a malheureusement été perdue, dispersée: il aurait très intéressant de la conserver, intacte, à titre historique.
Le rôle qu'Anna Grigorievna aura joué auprès de Dostoïevski, dans la gestion de ses affaires du vivant de son mari et après la mort de celui-ci est une preuve encore beaucoup plus éclatante de sa capacité à... "faire quelque chose de suivi" !

Anna_Grigorievna_Snitkina__Anna_G           Anna_Dostoyevskaya_dans_les_ann_es_1880

Anna Grigorievna
en 1871                                                    dans les années 1880

Il est vrai que les femmes de la génération de Dostoïevski n'allaient pas à l'Université, leur éducation, leur rôle social était très délimité, très codé, leur réputation très facile à perdre. Avec la génération d'Apollinaria Souslova et d'Anna Vassilievna, on voit des jeunes filles commencer à aller à l'Université mais en l'occurrence, ce sont les soeurs d'Apollinaria et d'Anna qui vont s'illustrer. (Comme je l'ai raconté dans un autre post, Apollinaria s'inscrit à l'Université mais n'étudie pas vraiment...).
La soeur d'Apollinaria, Nadejda Souslova sera la première femme russe à devenir médecin.
Et la soeur d'Anna, Sofia Vassilievna deviendra sera la première femme russe à devenir mathématicienne, non seulement professeur d'université mais aussi une excellente chercheuse.
Quant à Anna Grigorievna Snitkina, elle avait accompli de brillantes études secondaires mais n'avait pas les moyens, me semble-t-il, d'aller à l'Université. Elle choisit donc d'apprendre la sténographie auprès du professeur Olkhine, afin de gagner sa vie et d'être indépendante.
Le Pr Olkhine donnera à sa meilleure élève - Anna Grigorievna - une lettre de recommandation pour l'écrivain Dostoïevski. Vous connaissez la suite.
Malgré son jeune âge, Anna Grigorievna connaissait et aimait l'oeuvre de Dostoievski, avant d'être recommandée à lui par le Pr Olkhine.

(...)

Après la mort de Dostoïevski, Anna Grigorievna ne se remaria pas et s'occupa de l'oeuvre de son défunt mari.


2013-déc.19 22h43

Quelques mots avant, peut-êre, un post plus approfondi.

J'ai été content d'avoir rendez-vous ce soir avec Dostoïevski,
pardon, avec une évocation de Dostoïevski,
mais dans mon coeur, c'est bien sûr avec lui que j'avais rendez-vous.

Mais en m'asseyant devant l'écran, j'étais triste déjà :
je savais que j'allais souffrir avec lui, par lui, pour lui.

Je savais que longtemps encore après avoir écrit Le Joueur,
il jouerait et perdrait, jouerait encore et perdrait encore.

Je savais qu'Anna Grigorievna aurait un jour l'extraordinaire intelligence, l'extraordinaire intuition qu'il avait, à cet instant, besoin de jouer, besoin de cet état d'émotion intense et qu'elle l'enverrait jouer.
Je savais que cette passion pour le jeu aurait, quand même, une fin.

Je savais qu'Anna et lui allait perdre une petite fille.

Et de fait, que j'ai souffert pendant cet "épisode 6"...

Cet épisode 6 est d'une grande tension dramatique. Sa passion pour le jeu le possède, il perd tout l'argent du couple, notamment tout l'argent de sa femme, il vend les quelques bijoux de sa femme auprès d'un commerçant qui, évidemment, ne lui en offre qu'un prix insuffisant.
Tout ça pour jouer, pour gagner parfois, pour jouer encore et pour toujours perdre au final.

Les épisodes 6 et 7 montrent aussi la calomnie s'abatttant sur lui :
on lui attribue les méfaits et la perversité criminelle de l'un de ses nombreux personnages.

Je savais qu'Anna Grigorievna allait avoir une présence extraordinaire auprès de lui, et même loin de lui, quand il est parti jouer dans une autre ville.

Attention :
Tout n'est pas précisé dans la série...
Si Anna Grigorievna et Fiodor Mikhaïlovitch ont quitté la Russie quelque temps après leur mariage, ce n'est pas seulement à cause des créanciers, mais aussi - en grande partie - à cause de la situation invivable faite à la jeune épouse par l'entourage de Dostoïevski :
la famille qui défile dès qu'il reçoit le moindre argent et l'insupportable Pavel qui rend la vie infernale à Anna Grigorievna.

Je regrette qu'on ait simplement évoqué la Madone Sixtine : c'est un tableau qu'il est resté des heures à contempler.

Je suis content qu'on ait vu Anna Grigorievna bonne gestionnaire de ses affaires, c'est-à-dire - en général - de ses dettes. Anna Grigorievna confondant une canaille de créancier qui vient réclamer le paiement d'une facture... déjà payée. Avec une Anna Grigorievna bien organisée, ça ne passe pas !

On a bien fait de montrer Dostoïevski en lecture publique : c'était un excellent, un excellentissime lecteur de ses propres oeuvres, il captivait son auditoire.

Au cours d'une telle lecture, il lui est arrivé, par exemple, de lire un passage particulièrement émouvant de Humiliés et Offensés.

On a bien fait de montrer la scène violente où il est fou de jalousie à l'idée (fausse) qu'Anna Grigorievna se soit laissée séduire par un autre homme. Ce n'était qu'une plaisanterie d'Anna qui avait recopié une lettre figurant dans une nouvelle qu'ils avaient lue tous les deux.

Il y a eu d'autres scènes de jalousie - moins violentes - non mentionnées dans cette "série".

On nous montre ses retrouvailles avec le poète Nikolaï Alexeïevtich Nekrassov mourant (1821-1877).
Cette rencontre a lieu bien longtemps après l'époque de leur jeunesse, où Nekrassov avait été enthousiasmé par le premier roman de Dostoïevski, Les Pauvres Gens et l'avait apporté au critique Vissarion Biélinski (ou Bélinski selon les retranscriptions) qui avait lui aussi été conquis.

Signalons les écrits rédigés au cours des périodes retracées par ces épisodes 6 et 7 :
L'Idiot, réalisé dans une période particulièrement difficile.
On évoque L'Adolescent, Les Démons, Le Journal d'un écrivain.
On voit Dostoïevski annoncer un projet qui deviendra Les Frères Karamazov.

Mais il faut rétablir la vérité contre la façon dont on présente Dostoïevski à la fin de l'épisode 7: on l'enterre avant l'heure !
Après Les Frères Karamazov, il avait en tête un nouveau roman, une suite vingt ans plus tard, si je me souviens bien.
La mort, en venant l'emporter dans sa soixantième année, l'a empêché d'allé plus loin.
Mais jusqu'au terme d'une vie très difficile, moralement et physiquement, Dostoïevski aura fait preuve d'un génie créateur sans cesse renouvelé, et c'est suffisamment rare pour être souligné.

K.

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